• TRIO : L'autre rupture possible : bonjour mais surtout merci !

    Suite de :
    Appel à se dire bonjour entre ex-amants.
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article86191

    La rupture amoureuse est de droit. Cela ne fait pas problème. Ce qui fait problème c'est le type de rupture :

    * La rupture brutale type consiste en un "j'ai le droit" (par téléphone) suivi plus tard d'un "tu n'existes plus" (par mail). 

    * L'autre rupture plus responsable consiste non seulement à dire BONJOUR mais surtout MERCI.

    - Bonjour signifie que l'autre existe. Il n'est pas mort. Il n'est pas transparent. On ne le néantise plus. Il est vivant et réhabilité.
    - Merci signifie que l'on ne refoule pas le passé sous une chape de plomb. On reconnait la part riche de la relation passée. Le passé est réhabilité .

    Derrière le "merci" il faut lire une philosophie et une pratique de la reconnaissance de l'autre. L'autre n'est plus en qlq sorte le dindon (de la farce) qui doit en plus s'éclipser non seulement sans remerciement mais en plus définitivement pour respecter les apparences et le retour de la situation officielle. Le mieux serait qu'il disparaisse totalement.

    Cette reconnaissance permet une certaine amitié . Mais amitié ne consiste pas nécessairement ni partager des discussions intimes, ni à se retrouver invité chez le couple reformé une fois par trimestre pour festoyer. Cela signifie être accepté, reconnu comme être humain digne et non comme un objet insignifiant. On s'adresse à lui (moi); on lui parle au lieu de le rejeter, de le repousser, de l'exclure.

    Une autre rupture est donc possible. Le temps de voir durablement le visage de l'autre permet beaucoup de compréhension et de compassion. Laquelle éloigne le "durcissement du coeur" dont Eric Fromm recommandait de se garder.

    Leo Jog


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  • Rassurance

    Le besoin d'être assuré de l'amour de l'autre est généralement interprété comme un signe de manque de confiance en l'autre mais surtout de manque d'estime de soi. Je pense que je n'étais pas spécialement démuni mais que la situation elle-même, autrement dit le type de relation noué, a généré ce besoin.

    Le fait d'avoir vécu très longtemps dans les espaces de liberté de l'autre a créé une situation ou le défaut de présence était compensé par ses gestes et ses mots de réassurance. Comme j'obtenais satisfaction sur ce besoin la relation a perdurée longtemps. Elle savait me témoigner son amour. Elle était même très amoureuse . J'ai donc eu confiance même lorsque les visites se sont espacées (déjà en 2005 pendant son mal de dos puis après une phase de "retour amoureux" de nouveau en 2006).

    Cela n'a plus guère d'importance pour moi aujourd'hui si ce n'est que justement j'avais encore un besoin d'être rassuré de son amitié après la rupture. Et que cela n'a pas pu se réaliser, pas plus que le besoin de reconnaissance du passé d'ailleurs.

    Pour autant, je ne regrette rien. Je me suis pleinement engagé et la relation n'était pas vide mais pleine de sens, d'affection et d'amour. Toute chose, qui une fois la séparation des corps effectuée, pouvait permettre le passage à l'amitié.

    Léo Jog


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  • RECONNAISSANCE ET DEPENDANCE(S)


    Il est loisible à chacun de se créer des espaces de liberté dans un univers de contrainte. Mais une certaine dépendance subsiste pour chacun de nous et en chacun de nous. Il y a un mythe de l'autonomie totale . Michel Vallée écrit que « la dépendance est, objectivement un état d'être consubstantiel à l'existence. La non-dépendance absolue existe aussi peu que l'individuation accomplie ou la liberté totale ».

    Et plus loin (p346), il poursuit sur le lien entre reconnaissance et dépendance : « Les besoins de reconnaissance ressortent là comme des moteurs, des énergisant quotidiens, comme l'explique si bien Eric Berne, mais aussi et simultanément comme des déterminants premiers d'auto-mise en dépendance ». Dans la mesure ou un besoin de reconnaissance se cache en nous un élément de mise en dépendance y est actif. Nous nous libérons d'une dépendance pour en prendre une autre ensuite. Car, nous sommes aussi dépendant envers nos sentiments, ceux que nous portons à autrui. L'auteur précise, « nous tirons bénéfice de nos dépendances par exemple en nous sentant reconnus, aimés ».

    L'enjeu tient alors aux marges de manœuvre dont nous disposons. Sommes nous enserrés dans un complexe contraignant d'obligations ou disposons nous de temps libre et d'espace de retrait, en sachant que le retrait n'est pas synonyme de non-dépendance. Il y a même une illusion de la non-dépendance dans le retrait. Il nous revient d'inventer la relation à l'autre qui nous enrichie sans nous déposséder de nous même. Un équilibre se co-construit entre affirmation de soi et respect de l'autre (p353).

    Il faut apprendre "à distinguer ce qui vient authentiquement du coeur" de ce qui est manipulation. Car si la manipulation est inhérente à toute relation il est rare qu'elle soit toute la relation : il importe donc de voir la qualité du don et du partage . Ce juste regard donne confiance et ouvre sur des relations "gagnant/gagnant".

    Léo Jog

    In Psychanalyse, management & dépendances au sein des organisations. Ouvrage collectif sous la direction de Thibault De Swarte – L'Harmattan 2001 - Travaux de l'Institut Psychanalyse & Management (IPM) de Rennes

     


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  • Où le récit est une action.

    « Mon angoisse s'en va si ma fille me parle. Mais si c'est moi qui parle, mon angoisse part encore plus vite ». Cette phrase concentre dans "Les nourritures affectives" (p223) ce que Boris Cyrulnik a retenu de ses constats : « Le récit offrirait aux âgés ce que la fuite dans l'action offre aux adultes ». Le titre de ce billet est un sous-titre des Nourritures affectives.

    Rapporté à mon histoire :

    Début 1998 je partais courir 5 fois par semaine plus de 20 kms pour éponger la souffrance d'un amour impossible (j'étais tombé amoureux d'une femme mariée dont je connaissais plusieurs membres de sa famille. Je ne pouvais donc poursuivre).

    Dix ans plus tard, j'écris pour éponger ma peine car je ne saurais refaire ce que je faisais en 98. Je ne fais plus qu'épisodiquement des petits jogging à basse vitesse. Par contre je lis et j'écris beaucoup.

    Léo Jog

     


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  • Parcours de la reconnaissance.
      
    A partir d'une étude lexicale le parcours va de la reconnaissance-identification (se reconnaitre après une longue séparation) à la reconnaissance-gratitude.
      
    Parcours de la reconnaissance est le titre du livre de Paul RICOEUR né en 1913 et mort en 2005.
    Il rassemble trois études, trois conférences . Le livre (Folio essais) se subdivise donc en trois grandes parties:
     
    1 - La reconnaissance comme identification
    2 - Se reconnaitre soi-même
    3 - La reconnaissance mutuelle
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    1 * L'identité est confrontée dialectiquement à l'altérité.
    La question de l'identité a ainsi un double versant , privé et public. Une histoire de vie se mêle à celle des autres.
    Idée de la dette : Importance in fine de la reconnaissance-gratitude contre la méconnaissance.
     
    2 * Dans la partie portant sur l'auto-reconnaisance il développe un chapitre intitulé "Une phénoménologie de l'homme capable" ou il distingue :
    - Pouvoir dire
    - Je peux faire
    - Pouvoir raconter et se raconter
    - L'imputabilité (question de la responsabilité et de la sanction)
    L'analyse des capacités est un enrichissement de la théorie de la reconnaissance.
    Mais il faut ajouter "la mémoire et la promesse" (ci-dessous)
     
    3 * Dans la partie portant sur la reconnaissance mutuelle on trouve notamment un chapitre sur :
    - De la dyssimétrie à la réciprocité
    - La lutte pour la reconnaissance et les états de paix 
    Ricoeur prend acte ici du couplage effectué par Axel Honneth entre Hegel et G H Mead.
    Il évoque le travail d'Axel Honneth sans le reprendre sur les formes du mépris allant du déni de reconnaissance aux formes graves de dépréciation : avilissement de l'autre. Il passe moins rapidement sur le travail de Charles Taylor sur le mépris des minorités.
    L'honneur (reconnaissance hiérarchisée) est remplacée par l'estime et la dignité (reconnaissance égalitaire)
     
    Triade de Mauss sur la vertu du "potlach" (échange du don) : donner, recevoir, rendre.
    Quelque commentaires du livre de M R Anspach  "A charge de revanche. Figures élémentaires de la réciprocité"
    Réciprocité des cercles de la vengeance et réciprocité des cercles du don. Avec la proposition pour paser de l'un à l'autre : "Prendre les devants" : pas de dons possible sans prendre les devants.

    Une formule à retenir : "La réciprocité tourne au-dessus de nos têtes à la différence de la mutualité qui circule entre nous. La réciprocité circule à la façon d'un flux, il importe aux acteurs de ne pas interrompre ce flux mais de l'entretenir. C'est l'oeuvre de la confiance"(p 357 et 358)

    Hégel contre Hobbes
    Triade de Hobbes : Rivalité, Défiance, Gloire
    Triade de Hegel : Amour, Droit, Estime sociale

    Triade de type hégélienne : reconnaitre l'autre, être reconnu, amitié (la réciprocité est  contenu dans le troisième terme)
    Léojog
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    La mémoire et la promesse.


    « Elles s'inscrivent de façon originale dans le cycle des capacités de l'homme capable. »


    Addendum de relecture de « Parcours de la reconnaissance » de Paul RICOEUR


    Si on laisse de côté sa première étude, l'auteur distingue deux modalités : se reconnaître soi-même et la reconnaissance mutuelle. La première met en œuvre « l'homme capable » avec son pouvoir dire, son pouvoir faire, pouvoir raconter et se raconter, ainsi que l'imputabilité. Mais il faut ajouter et ne pas oublier « la mémoire et la promesse ». En effet, « pouvoir promettre présuppose pouvoir dire, pouvoir agir sur le monde, pouvoir raconter et former l'idée narrative d'une vie, enfin pouvoir s'imputer à soi-même l'origine de ses actes. »


    Citations


    « L'une se tourne vers le passé, l'autre vers l'avenir. Mais elles sont à penser ensemble dans le présent vif de la reconnaissance de soi, à la faveur de quelques traits qu'elles ont en commun. D'abord elles s'inscrivent de façon originale dans le cycle des capacités de l'homme capable.

    .../...

    Avec la mémoire, l'accent principal tombe sur la mêmeté, sans que la caractéristique de l'identité par l'ipséïté soit totalement absente ; avec la promesse, la prévalence de l'ipséïté est si massive que la promesse est volontiers évoquée comme paradigme de l'ipséïté.


    L'une et l'autre ont affaire à la menace d'un négatif constitutif de la teneur de sens : l'oubli pour la mémoire, la trahison pour la promesse.


    Leur contraire fait parti de leur sens : se souvenir, c'est ne pas oublier ; tenir sa promesse, c'est ne pas la trahir.

     

    Léo jog



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